Un conseiller en gestion de patrimoine indépendant ne touche pas de salaire : il perçoit une rémunération prélevée sur le chiffre d’affaires de son cabinet, après charges. C’est cette distinction qui explique l’écart entre les chiffres que l’on croise sur le sujet. Les données déclarées par les cabinets adhérents de la CNCGP donnent l’ordre de grandeur le plus fiable dont dispose la profession : un chiffre d’affaires moyen de 650 000 € par cabinet, pour un chiffre d’affaires médian de 210 000 € (baromètre CNCGP 2025, données 2023). L’écart entre les deux est le vrai sujet de cet article.

« Salaire » d’un CGP indépendant : pourquoi le mot est impropre

Un CGP salarié en banque ou en cabinet perçoit un fixe et un variable, avec une visibilité à douze mois. Un CGP indépendant, lui, est à la tête d’une entreprise. Sa rémunération est le résultat d’une chaîne à trois maillons, et chaque maillon absorbe une partie du montant affiché en haut.

  1. Le chiffre d’affaires du cabinet : ce que le cabinet encaisse au titre des commissions et des honoraires sur une année.
  2. Moins les charges d’exploitation : responsabilité civile professionnelle, adhésion à l’association professionnelle, frais ORIAS, logiciel de conformité et de gestion, site internet, formation continue obligatoire, comptabilité, et le cas échéant salaires et loyers.
  3. Moins les cotisations sociales et l’impôt, selon la structure retenue — micro-entreprise, entreprise individuelle, EURL ou SASU.

Ce qui reste est la rémunération réelle. C’est pour cela qu’un chiffre d’affaires de cabinet ne se compare jamais directement à un salaire brut : ce sont deux grandeurs situées à deux bouts opposés de la chaîne. Le détail des postes de charges de la première année est chiffré dans notre article sur le coût pour devenir CGP.

Ce que déclarent réellement les cabinets : moyenne 650 k€, médiane 210 k€

Le baromètre annuel de la CNCGP compile les déclarations de ses cabinets adhérents. Il fournit deux indicateurs qu’il faut lire ensemble, jamais séparément.

Chiffre d’affaires par cabinet adhérent202120222023
Moyenne504 k€596 k€650 k€
Médiane202 k€220 k€210 k€
Source : baromètre CNCGP 2025 (données déclarées par les cabinets adhérents, hors mandataires IAS/IOBSP).

La moyenne est trois fois supérieure à la médiane. Autrement dit : une minorité de gros cabinets tire la moyenne vers le haut, tandis que la moitié des cabinets déclare moins de 210 000 € de chiffre d’affaires annuel. Et comme 61 % des cabinets adhérents ne comptent qu’un seul conseiller, ce montant médian correspond souvent à l’activité d’une seule personne — charges non déduites.

C’est le chiffre à retenir si vous évaluez le métier : non pas la moyenne, qui décrit des structures établies avec plusieurs collaborateurs et un portefeuille constitué depuis des années, mais la médiane, qui décrit le cabinet du milieu. Notez enfin que ces données portent sur des cabinets adhérents d’une chambre professionnelle, donc déjà installés et en activité : les conseillers qui ont arrêté en cours de route n’y figurent pas.

D’où vient concrètement l’argent

Selon le même baromètre, le chiffre d’affaires des cabinets provient principalement de l’assurance (67 %) et de l’activité de conseil financier (22 %), le reste se répartissant entre l’immobilier direct, l’intermédiation en crédit et divers. Dans le détail, 93 % des adhérents déclarent un chiffre d’affaires en assurance, 74 % en commissions CIF, 55 % en honoraires de gestion patrimoniale et 27 % en honoraires CIF — un même cabinet cumulant généralement plusieurs de ces sources.

Ces sources n’ont ni le même rythme ni la même nature :

  • Les commissions de souscription sont perçues à la mise en place d’une solution. Elles rémunèrent le travail d’analyse et de mise en œuvre, mais elles ne se reproduisent pas : sans nouveau dossier, elles disparaissent.
  • Les rétrocessions sur encours sont versées chaque année tant que le client reste accompagné. Attention à la façon dont on les présente : ce n’est pas une rente. Cette rémunération finance un service rendu dans la durée — la mise à jour annuelle de l’allocation, les arbitrages quand la situation du client évolue, la veille réglementaire, la disponibilité tout au long de l’année. Elle se perd si le suivi n’est pas assuré.
  • Les honoraires sont facturés directement au client, au forfait ou au temps passé, pour un bilan patrimonial, une étude fiscale ou une mission de conseil. C’est le modèle le plus lisible pour le client, et celui qui rend le conseiller le moins dépendant des producteurs.

La proportion entre ces trois sources explique une bonne part de l’écart de revenus entre deux cabinets d’ancienneté comparable. Un cabinet dont l’activité repose surtout sur des commissions de souscription repart de zéro chaque année ; un cabinet qui a construit une base d’encours suivis dispose d’un socle plus stable — à condition d’assurer le suivi qui va avec.

Les premières années : à quoi s’attendre

Les montants qui suivent sont des fourchettes observées, pas des projections : ils décrivent ce que nous constatons en échangeant avec des personnes en reconversion qui démarrent de zéro, et ils ne constituent aucun engagement.

Sur les deux premières années, les situations vont de 0 € à 60 000 € de revenus annuels. L’écart ne tient presque jamais au niveau technique — il tient à la vitesse à laquelle l’activité trouve ses premiers clients dans sa cible. Une fois l’activité stabilisée et le bouche-à-oreille enclenché, le niveau peut dépasser 80 000 € à partir de la troisième année. Certains cabinets établis vont nettement au-delà ; d’autres restent durablement en dessous, et une partie des installations s’arrête avant d’atteindre ce palier. La dispersion est la caractéristique première de ce métier, et c’est exactement ce que traduit l’écart entre la moyenne et la médiane du baromètre.

Le facteur le plus déterminant sur cette période n’est donc pas la compétence patrimoniale mais la capacité à faire venir des clients. C’est le retour d’expérience que Cyrille Chéry livre sur ses propres débuts dans notre article sur le fait de se lancer seul comme CGP, et c’est le sujet traité côté méthode dans notre guide pour trouver des clients en gestion de patrimoine.

Les quatre facteurs qui creusent l’écart

  • La clientèle visée. Le temps passé sur un dossier varie peu avec le montant investi : instruire, formaliser et suivre un dossier demande un travail comparable, que l’enveloppe soit de 10 000 € ou de 200 000 €. Une cible mal définie produit donc beaucoup d’activité pour peu de chiffre d’affaires.
  • La part de récurrent. Un cabinet qui ne vit que de dossiers ponctuels recommence son année à zéro chaque janvier.
  • Le canal d’acquisition. Recommandation, prescription par des experts-comptables ou des notaires, visibilité en ligne, achat de contacts : tous n’ont ni le même coût, ni le même délai, ni la même qualité de rendez-vous.
  • Le périmètre d’habilitation. Un conseiller habilité en assurance, en conseil financier, en crédit et en immobilier couvre plus de besoins d’un même client qu’un conseiller mono-statut. Les conditions d’accès à chaque statut sont détaillées dans notre article sur les équivalences de diplôme CIF, IAS et IOBSP.

Indépendant ou salarié : ce que change le statut

En banque ou en assurance, un conseiller salarié débutant démarre autour de 30 000 € bruts annuels, avec un variable indexé sur ses objectifs ; un profil confirmé se situe généralement entre 45 000 € et 70 000 €, et la banque privée permet de dépasser 100 000 € pour des profils expérimentés. En cabinet de gestion de patrimoine, les rémunérations salariées observées sont un peu supérieures, de l’ordre de 40 000 € pour un débutant à 90 000 € pour un profil senior. Ces fourchettes sont indicatives et varient selon la structure et la région.

Le salariat offre donc une visibilité que l’indépendance n’a pas, en contrepartie d’un plafond plus net et d’une gamme définie par l’employeur. L’indépendance inverse les deux termes : aucun plafond théorique, aucune garantie non plus, et la charge intégrale de l’acquisition. Le choix entre les deux se joue moins sur le montant espéré que sur la capacité à absorber une période de démarrage sans revenu stabilisé. Les différences de mode d’exercice sont détaillées dans notre guide sur le métier de conseiller en gestion de patrimoine.

Questions fréquentes

Quelle différence entre le chiffre d’affaires d’un cabinet et le revenu du conseiller ?

Le chiffre d’affaires est ce que le cabinet encaisse ; le revenu est ce qui reste au conseiller après les charges d’exploitation (assurance responsabilité civile professionnelle, association professionnelle, ORIAS, outils, formation continue, comptabilité, éventuels salaires et loyers), puis après cotisations sociales et impôt. Les deux montants ne se comparent jamais directement, et c’est la première source de confusion sur le sujet.

Combien gagne un CGP indépendant débutant ?

Il n’existe pas de montant de référence : les situations observées sur les deux premières années vont de 0 € à 60 000 € par an. Ce qui départage les parcours n’est pas le niveau technique mais le délai nécessaire pour signer des clients correspondant à la cible du cabinet. Prévoir de quoi vivre pendant cette période fait partie du plan de lancement.

Un CGP indépendant gagne-t-il plus qu’un CGP salarié ?

Pas mécaniquement. L’indépendance supprime le plafond de rémunération, elle supprime aussi la garantie : la moitié des cabinets adhérents de la CNCGP déclare moins de 210 000 € de chiffre d’affaires annuel, charges non déduites. Un conseiller salarié confirmé peut donc percevoir davantage qu’un indépendant en phase de démarrage. L’écart se creuse en faveur de l’indépendance à mesure que le portefeuille suivi se constitue.

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Les chiffres du marché disent ce qui est possible, pas ce qui est probable dans votre situation. Ce qui détermine votre trajectoire, ce sont votre cible, vos habilitations, votre canal d’acquisition et votre capacité à tenir la période de démarrage. C’est l’objet du rendez-vous découverte : nous regardons votre point de départ et nous construisons avec vous une projection réaliste, sans engagement.

À lire également : devenir conseiller en gestion de patrimoine · la reconversion en gestion de patrimoine · ouvrir son cabinet.

Sources : baromètre CNCGP 2025 (chiffre d’affaires moyen et médian des cabinets adhérents, répartition du chiffre d’affaires par activité, taille des cabinets — données 2023) · fourchettes de rémunération salariée et de démarrage : situations observées par Invest’Aide Academy, données indicatives.

Cet article est diffusé à des fins pédagogiques par Invest’Aide Academy, organisme de formation professionnelle. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni une offre de produit financier. Les montants cités sont des fourchettes observées, susceptibles d’évoluer, et ne constituent ni une projection de revenus ni un engagement. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.

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